
Située sur une colline, à 325 m d’altitude, Torrita est une charmante petite ville de la vallée de la Chiana siennoise. Le centre historique de Torrita di Siena, enfermé dans l’enceinte fortifiée remontant au XIIe siècle dont on peut encore observer certaines parties, offre au visiteur des coins pittoresques et des œuvres d’art remarquables.
En parcourant les ruelles du village, on se sent enveloppé par une atmosphère mêlée d’histoire et de légende, pensons notamment à la Via Ghino di Tacco, la Via dei Pecorai ou la Via della Lupa. L’accès par la Porta Nova permet d’arriver en premier lieu à la Piazza Matteotti, de toujours le centre de la vie culturelle et religieuse du bourg. On peut y admirer le Palazzo Pretorio (actuel siège de la mairie) datant du XIIIe siècle, dont la tour s’élance vers le ciel et a subi de nombreuses restaurations au cours des siècles, le Théâtre Municipal et l’église des SS. Flora et Lucilla.
La piazza représente le point de confluence des rues menant aux quatre portes d’accès au village et conserve encore en son centre l’ancienne citerne (ou puits) qui servait autrefois à l’approvisionnement en eau de tout le bourg. À côté du Palazzo Comunale s’élève le Théâtre Municipal « degli Oscuri », créé sur l’initiative de l’Académie du même nom au XVIIIe siècle et à l’intérieur duquel est visible un buste en l’honneur du chanteur d’opéra Giulio Neri, né à Torrita en 1909, dont le souvenir reste très vivant parmi ses concitoyens.
L’église romane de S. Flora et Lucilla est la plus ancienne des fortifications du château, elle remonte à 1300 et conserve de nombreuses œuvres d’art, toutes dignes d’intérêt. La plus importante est sans doute la lunette en bas-relief « Le Sang du Rédempteur » attribuée à Donatello. On peut également admirer un triptyque de Taddeo di Bartolo, peintre siennois du XIVe siècle, une crucifixion datée de 1444, d’école florentine, une toile représentant la Madone à l’Enfant avec les apôtres André et Jean, œuvre de Benvenuto di Giovanni. La toile « La vision du Bienheureux Ambrogio Sansedoni », provenant de l’église de la Madonna delle Fonti, est attribuée à Francesco Volpi et datée du XVIIIe siècle.
En poursuivant via Ottavio Maestri, on rencontre l’église de S. Croce, édifiée en 1642 ; elle est de style baroque et conserve une toile du peintre siennois Francesco Rustici dit Il Rustichino. L’église de San Martino e Costanzo a été construite en 1631 en croix latine et conserve à l’intérieur la « cloche majeure » remontant à 1454.
En parcourant la proche Via della Lupa, on peut admirer par les beaux jours une vue splendide de la Vallée de la Chiana : fertile plaine, autrefois marécageuse, assainie par Léopold II de Toscane sous la direction de l’architecte Fossombroni. La Via della Lupa mène à la Porta Gavina, peut-être la plus célèbre des quatre portes, tant pour son architecture que pour son vantail en bois datant de 1200, récemment restauré.
La Via Cesare Battisti conduit à la Porta a Pago, qui s’ouvre sur le côté nord de l’enceinte. Son nom dérive de « pagum », l’ancien village qui s’élevait sur la colline face à elle, d’autres sources la relient au paiement de la taxe pour l’arrivée des marchandises au village.
En remontant la Via Dante Alighieri, on revient à la Piazza Matteotti, d’où, par la Via Ghino di Tacco, le Vicolo dei Fabbri et le Vicolo dell’Ospedale, on peut admirer des coins moins connus mais très caractéristiques, comme les arcades de belle facture et les bâtiments qui ont conservé leur aspect inchangé au fil du temps.
Pour quitter l’enceinte fortifiée, on arrive à la Porta a Sole, où se dressaient probablement les premières maisons en bois habitées par les familles des soldats chargés de la défense du château. Devant le visiteur s’ouvre l’espace appelé « Gioco del Pallone », lieu de rassemblement des joueurs de tamburello et théâtre de la fête villageoise du « Palio dei Somari ».
Au fond du « Gioco » s’élève dans sa pureté formelle un petit oratoire dédié à la Madonna delle Nevi, construit en 1525 en l’honneur de Marie, lors d’une grave épidémie qui frappa la communauté. Sur la porte d’entrée est placée une copie de la Lunette de Donatello, car à l’origine l’œuvre y était conservée ; à l’intérieur se trouve une fresque attribuée à Girolamo Benvenuto del Guasta, représentant l’Assomption de Marie.
Sur la route menant à Sinalunga se trouve l’église de la Madonna delle Fonti, édifiée en 1665 pour commémorer le miracle survenu près d’une source qui sourd à cet endroit. En empruntant ensuite la route qui s’étend entre deux rangées de cyprès et menant au cimetière, nous trouvons la plus ancienne église de Torrita, la Madonna dell’Olivo, autrefois dédiée à S. Costanzo, saint patron du village. Selon certaines sources, l’édifice aurait été construit sur les restes d’un ancien temple dédié à Cérès, déesse de la fertilité des champs.
Torrita di Siena a donné naissance à plusieurs personnages historiques, notamment « Frà Jacopo da Torrita » et « Ghino di Tacco ».
Le premier est certainement le personnage le plus illustre et le plus célèbre de Torrita. Franciscain, restaurateur de l’art de la mosaïque au XIIIe siècle et aussi peintre. Il est commémoré par la rue menant à la Collégiale et par un médaillon dans la salle du Conseil Municipal où se trouve son portrait.
Dans l’« Encyclopédie du Christianisme » publiée en 1947, à propos de Fra Jacopo, on lit : « Jacopo da Torrita prit le nom de son pays natal ». Il est à retenir pour ses œuvres de la fin du XIIIe siècle et en particulier pour les mosaïques mariales de Sainte-Marie-Majeure à Rome, où à l’abside il a effectué des travaux de restauration avec ses propres modifications. D’autres témoignages de son œuvre sont les diverses tondi peints dans la deuxième croisée de la Basilique Supérieure d’Assise.
Ghino di Tacco naquit à Torrita de la famille Cacciaconti Monacheschi Pecorai, l’une des familles nobles de Sienne. Son père Tacco, avec ses deux fils, Ghino et Turino, se livrait au vol et au brigandage et avait aussi incendié le château de Torrita ; il fut condamné pour avoir gravement blessé Jacopino da Guardavalle ; Ghino fut expulsé du contado siennois et se réfugia à Radicofani, point de liaison entre les États pontificaux et la République de Sienne.
Il voulut alors venger l’injustice faite à son père et se rendit à Rome à la tête de quatre cents hommes, entra dans le tribunal et trancha la tête à Benincasa d’Arezzo, la plantant sur une pique ; il retourna ensuite à Radicofani où il commença à pratiquer largement l’« art du brigandage ».
Mémorable le traitement infligé à l’abbé de Cluny, capturé alors qu’il se rendait aux eaux thermales de San Casciano dei Bagni pour soigner un mal d’estomac. L’abbé fut emprisonné et nourri de pain et de fèves sèches qui guérirent miraculeusement son mal ; reconnaissant, l’abbé intercéda auprès du pape Boniface VIII pour une réconciliation avec Ghino. Le Pape s’en convainquit et le nomma Chevalier de S. Jean et Frère de l’hôpital du Saint-Esprit, titre qui attachait une vaste commende. Le lieu de sa mort est incertain, certains disent Rome, Benvenuto da Imola prétend qu’il a été assassiné à Sinalunga.
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